L’adaptation des villes au changement climatique passe par la végétalisation. Hélène Rouquette, directrice Patrimoine naturel et transition écologique de la ville et de l’Agglomération de La Rochelle, nous explique comment et sous quelles conditions il est possible de tirer parti des arbres et des plantes pour rafraichir les espaces urbains.
Quels sont les principes de végétalisation à respecter pour adapter une ville comme La Rochelle au réchauffement climatique ?
Il n’y a pas de règles immuables. Chaque projet doit être analysé au cas par cas pour déterminer si, et comment, il est possible de végétaliser, mais aussi désimperméabiliser les sols et gérer l’eau. Chaque type de végétation (tapissante, grimpante, arbuste, arbre) joue un rôle différent. Par exemple, une zone non tondue, avec des herbes hautes va retenir davantage l’eau, favoriser son infiltration dans le sol et constituer un refuge pour les pollinisateurs. Ce qui compte surtout, c’est de rechercher la diversité des strates végétales*, avec des arbres, des arbustes, des vivaces et des prairies. L’objectif est de maintenir des sols vivant, capable d’infiltrer l’eau et de favoriser l’évapotranspiration**. Cette combinaison végétation/eau/sol permet de rafraîchir la ville et de la rendre plus résiliente.
L’arbre est souvent présenté comme une solution « miracle » aux îlots de chaleur. Est-ce si simple ? Sous quelles conditions est-il efficace ?
Le rôle de l’arbre pour rafraichir la ville est incontestable mais ce n’est malheureusement pas une solution miracle. Au-delà de certaines températures, l’arbre se met en protection, sa physiologie ralentit, il arrête d’évapotranspirer** et devient moins efficace pour rafraichir l’air. Comme nous, il souffre des fortes chaleurs. Et cela représente un risque pour sa propre survie si la chaleur extrême dure plusieurs jours. La capacité de la végétation à rafraichir une ville est liée à la disponibilité de l’eau dans l’air et le sol. Face au changement climatique, les jeunes arbres plantés les trois dernières années doivent nécessairement être arrosés si l’on veut leur garantir une survie.
Pourquoi ne plante-t-on pas dans certains endroits ?
Il faut tenir compte des contraintes des sites, en ville les contraintes sont nombreuses et doivent être intégrées dès la conception du projet : la distance des façades, le passage des bus, l’espace disponible pour les racines. Il faut savoir que la plupart des réseaux d’eau, d’électricité ou encore la fibre, passent sous les trottoirs. On trouve aussi, des souterrains, des caves de maisons, comme sur le Vieux-Port ou l’Hôtel de ville par exemple, qui peuvent rendre la plantation impossible ou très complexe. Au-delà de ces contraintes techniques, il faut tenir compte de la vie des végétaux et accepter que les feuilles tombent, qu’il y ait de la boue quand il pleut. Il faut accepter une ville vivante qui évolue au fil des saisons.
Comment sont choisies les essences ?
La règle essentielle est le bon arbre au bon endroit, adapter l’essence à la nature calcaire des sols mais aussi aux usages ou à l’espace disponible. On ne choisira pas les mêmes arbres pour un trottoir, un parc, un square ou un alignement de voirie. Il faut aussi tenir compte des risques sanitaires et climatiques, en diversifiant les essences, pour éviter les hécatombes liés aux maladies, à la neige, aux inondations ou aux canicules.
Les essences qui étaient adaptées à notre climat il y a vingt ans ne le seront pas demain. Si le tamaris reste une valeur sûre en zone littorale, pour les autres situations, on s’appuie sur des essences avec une bonne capacité d’adaptation comme le mélia, le savonnier, le sophora, le chêne chevelu, le camphrier ou le micocoulier de Provence.
L’enjeu est donc de planter mieux, dans des conditions qui permettent aux végétaux de vivre durablement et de rendre à la ville les services que nous attendons d’eux : ombre, fraîcheur, infiltration de l’eau, biodiversité et qualité du cadre de vie.
* Strates végétales : niveau d'organisation verticale de la végétation dans un écosystème, défini principalement par la hauteur des plantes
** L'évapotranspiration : transfert d'eau du sol et des plantes vers l'atmosphère sous forme de vapeur