Jacob, 45 ans, éleveur – agroforestier

Jacob, 45 ans, éleveur – agroforestier

Manifestation pour le climat sur le Vieux-Port de La Rochelle

Jacob se considère comme un aventurier du zéro carbone. Quand on lui oppose que c’est un peu étonnant pour un éleveur, il rétorque qu’au contraire le projet zéro carbone n’aurait jamais pu se faire sans les agriculteurs. Qu’est-ce qui capte le carbone sur le territoire ? De façon naturelle, la captation se fait par ce qu’on appelle la biomasse, c’est-à-dire les prairies, les marais, les cultures, les haies boisées, les petits bois, les espaces agroforestiers. Jacob lit beaucoup sur le sujet, parle des dernières avancées avec ses collègues : « Les arbres sont des puits à carbone » et il le constate tous les jours. 

Sans faire de l’histoire, il explique avoir toujours été du côté de la terre. Au lycée agricole, à Pétré, il se souvient qu’un prof avait diffusé un film documentaire sur le secteur laitier, Secteur 545. Le choc. Le type qui filmait allait rencontrer des éleveurs en leur posant une seule question : « quelle différence entre l’homme et l’animal ? ». Une question qu’il ne s’était jamais posée jusque-là. Et la réponse la plus juste dans le film était celle d’un garçon de son âge. Il ne se souvient plus vraiment de ce que le petit gars avait dit mais il se souvient avoir été touché par sa candeur, son honnêteté et l'intuition de ce qu’était la mesure de l'homme comparé à l’animal. Un homme qui connaît sa place, petite, modeste, au service de l’animal. Le film respirait la tendresse, la proximité avec les bêtes, la vie qu’il voulait.

Aventurier, il s’est lancé dans l’élevage d’une race bovine locale. C’était un vrai pari sur la race, les maraîchines. Ce ne sont pas des laitières, il n’a jamais été attiré par cette activité. Trop de contraintes, de paperasses, d’échecs aussi. Non, ce sont des vaches à viande, qui vivent une belle vie sur son exploitation, se nourrissent dans les prairies. 1.200 têtes de bétail. Il en est fier, les connaît, aime faire visiter son exploitation. Il a basculé en agroforesterie il y a déjà plus de 15 ans. Une grande partie des parcelles est plantée de vergers. C’est un retour sur une technique ancienne, le pré-verger, qui avait été délaissée avec la mécanisation et le remembrement, il y a presque un siècle maintenant. On l’a remise au goût du jour cette technique. Le couvert végétal est un antidote à la sécheresse, il apporte une ombre appréciable aux animaux en été. Grâce au système racinaire profond des arbres, il a permis aussi d’améliorer sacrément le rendement des fourrages. Mais on n’est pas obligé d’entrer dans des aspects trop techniques. Jacob maîtrise son sujet et a tendance à s’enthousiasmer très vite perdant parfois son interlocuteur. Tout ça pour dire que ses vaches vivent bien et qu’on le devine tout de suite en dégustant leur viande. Aujourd’hui on mange certainement moins de viande qu’autrefois mais c’est une fête à chaque fois. 

Depuis la création de son activité, il a complété l’élevage avec la préservation d’autres espèces locales, baudets du Poitou et traits poitevins, race chevaline qui était en voie d'extinction. Il explique que ce qu’il gagne avec les maraîchines, il le perd avec les juments et les ânesses. Mais il n’est pas venu là pour l’argent. Sa motivation est ailleurs. Être à sa juste place sur une terre qu’il tente de réparer jour après jour. Son épouse l’appelle Pénélope quand elle veut se moquer gentiment de son implication dans beaucoup trop de projets sur l’agglomération. 

Parmi ces projets, deux ont eu un écho dans Sud-Ouest. D’abord l’unité de méthanisation, puis l’arrivée des chevaux dans les services municipaux.

L’unité de méthanisation à laquelle il contribue sert à la fourniture d’électricité et de chauffage de l’atoll rural auquel il est rattaché. La production du biogaz nécessaire est issue de la dégradation des déchets agricoles des fermes environnantes, des effluents de son élevage et aussi des biodéchets ménagers et des déchets verts des résidences de l’atoll. Cette unité a mis l’atoll en capacité d’auto-produire l'énergie qu’il consomme. Les maisons les plus récentes sont d’ailleurs toutes des bâtiments éco-construits et sobres en carbone . Sinon, l’unité n’aurait pas suffi. Mais dans un des lieux alternatifs, il ne se souvient plus duquel, ils (les gens impliqués par le projet de méthanisation) avaient rencontré un constructeur super-investi dans ce type de projet, Jin, qui les a accompagnés dans le développement mesuré de l’atoll. Beaucoup étaient contre le projet, il y a eu des recours administratifs et aujourd’hui tout le monde se demande comment on ferait sans. L’ignorance rend craintif parfois.

Pour ce qui est des chevaux, il a longtemps parlé dans le désert et puis il a fini par être entendu, peut-être parce que les élus et les chefs de services étaient fatigués de le voir ou parce qu’il y avait une attente des habitants. Ça n’a pas été facile parce que Jacob est parfois un peu abrupt. Il s’énerve facilement. Quand il dit « les élus savent à la place des autres », bien sûr que ce n’est pas bien vécu par ceux à qui il vient proposer ses projets. Mais aujourd’hui cela fonctionne. Tous les travaux dans les parcs de l’agglomération se font maintenant avec des traits poitevins. Le personnel a été formé. Cela a eu un impact très fort sur tous ceux qui fréquentaient les parcs, les enfants étaient fans, les ados brusquement intéressés. Les chevaux ont été une manière de recréer des liens, un contact tactile pour des gens de tous âges qui venaient de passer des mois et des mois sans contact, après les différents confinements des années 2020. 10 confinements quand même. Il y avait des choses à réparer. De la même façon, et même si ça a pris plus de temps, le ramassage scolaire se fait avec des baudets du Poitou. Franchement, les mères de famille en SUV pour faire deux kilomètres et demi et venir chercher leurs gamins, c’est une image du passé. 

Et tout ça a été possible grâce au fonds d’indemnisation. C’est une assurance qui couvre en cas d’accident. Avec les animaux, il faut toujours faire attention. L’animal est fragile, l’humain aussi. Et imaginer qu’un éleveur puisse payer les sommes demandées une assurance, ce n’est pas possible. Tous ceux qui jouent le jeu de faire découvrir leur activité au public ont eu besoin de ce fonds. L’idée est venue d’une discussion dans le tiers-lieu de la permaculture à Périgny. Jacob était venu y faire un tour et était tombé sur des gens qui suivaient une formation à la permaculture. Il y avait des gens de tous les âges, 87 ans pour le plus âgé, 16 pour la plus jeune. Ça bossait, et en même temps les projets fusaient. Et c’était constructif. Pour Jacob, cette visite a été le déclic pour comprendre comment la participation citoyenne pouvait faire changer les choses. D’ailleurs, le fonds a été développé en monnaie locale avec l’agglo, les gens de l’élevage et ceux de la mer, et tous les citoyens qui ont eu envie de s’impliquer. Le monde du vivant, c’est ça sa motivation à Jacob.

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